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Signalétique bilingue : passer des croyances populaires à une démarche scientifique

Dernière mise à jour : 5 mai

La signalétique bilingue dans l'espace public respectant le principe 'taille, police et style de caractères identiques" entre les deux langues, est un levier idéal pour promouvoir la parité d'estime en les deux langues et une représentation ambitieuse de la langue minoritaire.


Mme Christine Albanel, Ministre de la culture et de la communication, cite dans une déclaration à l’Assemblée nationale en mai 2008 : « La visibilité des langues de France dans l'espace public passe aussi, comme chacun peut le constater, par la signalisation bilingue et la toponymie. Il est par exemple tout à fait légitime – et même souvent souhaitable – que, dans les zones concernées, les communes affichent leur nom dans leur langue, à l'entrée et à la sortie de l’agglomération. Il en va de même pour la signalisation directionnelle sur les routes et dans les rues : dans le centre de ma ville de Toulouse, elle est ainsi en deux langues, et je ne suis pas choquée de lire simultanément en occitan et en français le nom de la place du Capitole – ni de m'orienter grâce à des panneaux bilingues en Bretagne ».


Or, en 2022 l'Alsace est la seule région de France à éprouver des difficultés à promouvoir une signalétique bilingue (taille, police et style de caractères identiques) à la hauteur des enjeux d'une véritable parité d'estime entre langue nationale et langue régionale.


Pire, dans certaines villes -- en contradiction totale avec les meilleures pratiques visant à promouvoir un sentiment de « co-officialité » -- on recourt à l'alsacien pour mentionner le nom d'origine de la rue sans traduire le nom officiel, donnant ainsi l'impression que l'alsacien n'est pas assez important pour traduire le nom officiel et ne peut servir qu'à refléter des vestiges du passé (les anciens noms hérités de la tradition orale, au mieux du cadastre).


Les croyances populaires se sont substituées aux meilleures pratiques et démarches scientifiques en matière de signalétique bilingue. Or, une démarche pour le moins professionnelle aurait dû s'appuyer sur un inventaire des meilleures pratiques en France, en Europe et dans le monde. Cela aurait permis de constater que cette pratique alsacienne consistant à recourir au nom d'origine ou cadastral en alsacien sous la version française/officielle en lieu et place d'une traduction rigoureuse est en contradiction avec tout ce qui se fait dans le monde, en Europe et surtout en France. Ni la Bretagne, ni le Pays Basque, ni l’Occitanie ou la Corse ne se sont laissés aller à un tel pis-aller linguistique.


« Ne pas traduire revient à se priver d'une opportunité de pédagogie », alors qu'un fondement de politique linguistique nous apprend - si l'objectif est de promouvoir une parité d'estime - que tout ce qui est présent dans la langue dite dominante ou nationale doit l'être en "taille, police et style" de caractères identiques dans la langue dite régionale ou minoritaire.


Pour illustrer ce triste constat alsacien, vous trouverez ci-dessous un diaporama des bonnes pratiques observées dans les autres territoires qui, de fait, éclairent une "tradition de mauvaises pratiques alsaciennes", qui en dit long sur la représentation inconsciente qu'ont les Alsaciens de leur langue.


Diaporama de bonnes pratiques


En Bretagne


Au Pays basque




En Occitanie (Toulouse)



En Corse



En Provence (à Saint-Tropez)



En Suisse


En Belgique (à Bruxelles)

Bruxelles : bilinguisme français-néerlandais + variante dialectale brusseleer.



En Italie (Sud-Tyrol) et en Sarre



En Ecosse



Au Canada (Nouveau-Brunswick)



En Inde (à Pondichéry)



Minorité slavophone sorabe (45 000 locuteurs) du Land de Saxe (4 millions d'habitants)


Depuis 2018, l'entrée du parlement de Saxe....taille de caractères identique en respect d'une minorité linguistique historique de 45 000 locuteurs. Plaques de rue, signalétique routière sur les autoroutes comme les ronds points, "taille, police et style de caractères identiques" en respect de 45 000 locuteurs... En 2022, les 2 millions d'Alsaciens chez eux ne sont pas capables de faire respecter ces principes élémentaires.




Le désastre alsacien...


En Alsace, nous sommes le dernier territoire à bricoler avec des tailles de caractères ridicules pour l'alsacien et des démarches patrimoniales contreproductives lorsqu'elles se substituent au bilinguisme officiel. Ci-dessous, "Frescheweid", par exemple, n'est pas la traduction de la "Rue des Tondeurs" et donne l'impression que l'alsacien n'est que la reflet d'une dénomination issue du passé, et ne serait pas assez pertinent pour traduire le nom officiel de la rue et embrasser la modernité. Pour les autres, la taille des caractères en alsacien en dit long sur les représentations et perceptions de la langue...


Le 19 janvier 2022, l'association Sprochpolitik a obtenu l'engagement de la Commission culture de la région de conditionner la subvention plaques de rue bilingues (70% du coût avec un plafond de 5000 euros HT pour les communes de moins de 2000 habitants) au respect du principe "taille, police et style de caractères identiques".


RECOMMANDATIONS POUR L'ALSACE S'APPUYANT SUR LES BONNES PRATIQUES OBSERVEES EN FRANCE, EN EUROPE ET DE DANS LE MONDE


"Taille, police et styles" de caractères identiques :



Bilinguisme et démarche patrimoniale




Prise en compte des trois variantes linguistiques de l'Alsace, en fonction des sensibilités


Parité totale


En fonction des sensibilités :

Allemand standard et alsacien




Mme Christine Albanel, Ministre de la culture et de la communication, cite dans une déclaration à l’Assemblée nationale en mai 2008 : « La visibilité des langues de France dans l'espace public passe aussi, comme chacun peut le constater, par la signalisation bilingue et la toponymie. Il est par exemple tout à fait légitime – et même souvent souhaitable – que, dans les zones concernées, les communes affichent leur nom dans leur langue, à l'entrée et à la sortie de l’agglomération. Il en va de même pour la signalisation directionnelle sur les routes et dans les rues : dans le centre de ma ville de Toulouse, elle est ainsi en deux langues, et je ne suis pas choquée de lire simultanément en occitan et en français le nom de la place du Capitole – ni de m'orienter grâce à des panneaux bilingues en Bretagne ».

 
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