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L’ONU et l’immersion précoce pour préserver les langues en danger et « l’écologie linguistique"

Par Thierry Kranzer, 31 juillet 2022




" Les variantes dialectales devraient être autorisées en milieu scolaire car une standardisation excessive peut nuire à la préservation des langues en danger et à l’écologie linguistique", est la 10è recommandation du rapport (1) d'un groupe d'experts de l’ONU avalisé en juillet 2023 par le Conseil économique et social des Nations Unies (ECOSOC), dans le cadre de ses travaux sur les liens entre diversité linguistique et développement économique et social.


Présentée à l’ouverture de la 21è session annuelle de l'Instance permanente de l'ONU sur les questions autochtones, lundi 25 avril 2022, cette recommandation est intervenue en marge du lancement au printemps de la première Décennie des Nations Unies sur les langues autochtones (2022-2032).


En concluant ses travaux annuels (août 2021 - juillet 2022), l’ECOSOC a aussi recommandé (2) à l’UNESCO et à ses États membres d’entamer des travaux sur les données relatives aux langues autochtones, en prévoyant un financement suffisant pour contribuer aux priorités pour l’après-2030 et de recueillir des données sur les langues autochtones à l’échelle mondiale. Ces textes reconnaissent le rôle fondamental joué par les peuples autochtones dans le lancement d’initiatives comme la déclaration d’une décennie de la langue chouanon et la création d’un programme d’immersion linguistique par la tribu des Chaouanons, ainsi que l’initiative de la Nation Cherokee visant à créer un centre dédié à la langue cherokee. Le rapport note aussi l’initiative des Nganassanes et des Enets de la péninsule de Taïmyr (Sibérie) pour créer des foyers de revitalisation linguistique afin de favoriser une immersion précoce, reprenant la méthode utilisée pour revitaliser les langues maorie, hawaïenne, carélienne et same d’Inari.


Les rapports présentés cette année invitent l’UNESCO et son forum des commissions nationales, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) et l’Institut des Nations Unies pour la formation et la recherche (UNITAR), en collaboration avec des experts et représentants issus de peuples autochtones, à créer un incubateur de méthodologies internationales en matière d’éducation multilingue, y compris des études sur les meilleures pratiques de revitalisation des langues, la formation des enseignants et les outils d’apprentissage interculturel d’ici à 2025.


Par ces textes, les États Membres sont appelés à développer les écoles et les programmes d’immersion en langue autochtone et les écoles bilingues afin d’aider les jeunes autochtones à se réapproprier leurs langues et d’intégrer dans les programmes scolaires nationaux une éducation interculturelle et bilingue, y compris dans le cadre de programmes d’immersion linguistique, et de veiller à ce que la langue de la région ou de la zone infranationale dans laquelle se trouve l’école fasse partie des programmes.


Cet accent mis sur la préservation des langues autochtones et minoritaires s'appuie sur un document fondateur, un rapport de 21 pages daté du 7 mars 2005 qui avait relevé que la qualité des systèmes d'éducation primaires était proportionnelle aux taux d'immersion en langue autochtone ou minoritaire. Autre étape clé de cette évolution, la tenue en janvier 2016 du premier Forum d'experts de l'ONU sur les moyens de revitaliser les langues autochtones ou minoritaires


(1) rapport E/C.19/2022/10 du 22 février 2022

(2) Rapport E/C.19/2022/L.4/Rev.1

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